Nouvelle collaboration: enseigner l’histoire autrement en 1ère et 2e secondaire

Après plusieurs mois à garder le secret, je peux enfin en parler: je travaille en ce moment à la création de nouveaux cahiers d’histoire destinés aux élèves de 1ère et 2e secondaire! Les éditions Pearson ERPI m’ont en effet demandé d’écrire plusieurs chapitres d’une collection inédite et éclatée, ARCHIVES, qui sera disponible dès la rentrée 2019.

Le matériel pédagogique actuel est très bien fait. Ceux et celles qui disent le contraire n’ont possiblement pas ouvert un cahier d’histoire depuis leur propre passage au secondaire! Or, toutes les maisons d’édition scolaire québécoises doivent respecter le même programme et la même Progression des apprentissages, tels que définis par le ministère de l’Éducation (si vous le permettez, on n’entrera pas dans le débat du «politiquement correct»: ce n’est pas le propos ici). Les maisons d’édition scolaire ont aussi l’habitude de travailler avec des rédacteurs pédagogiques spécialisés, selon des gabarits graphiques assez classiques. Cela fait en sorte que les cahiers d’activités finissent par tous se ressembler un peu. Beaucoup, même. Bref, de la qualité, mais peu de diversité.

Quand j’aurai les premières maquettes, je promets de revenir mettre des images. En attendant, on se contentera de ceci. 🙂

 

Réinventer la roue? Pourquoi ne pas essayer?

Sans pour autant retirer du marché sa collection Espace Temps Histoire, Pearson ERPI a décidé d’en créer une autre en parallèle. Pour cette nouvelle collection, ARCHIVES, on a recruté des auteurs historiens qui ne sont pas des rédacteurs pédagogiques. Il y a une autre «personnalité connue» qui participe au projet, mais je ne veux pas révéler son identité sans avoir obtenu son autorisation, alors je me tais pour l’instant. Le graphisme a été créé par des illustrateurs qui ne travaillent pas habituellement en édition scolaire. Bref, je participe à une équipe où il y a plusieurs regards neufs.

En tant qu’historienne, c’est un grand bonheur et un privilège de collaborer à cette nouvelle collection. Chacun de «mes» chapitres sera signé. J’y aurai même des encadrés spéciaux où je m’adresserai directement aux élèves pour leur raconter une anecdote ou un fait insolite.

Je suis vraiment ravie! Raconter l’histoire autrement, piquer la curiosité de nos ados et, je l’espère, semer en eux les graines d’une future passion pour l’histoire: voilà un superbe mandat qui me donne l’occasion d’accomplir tout cela.

*

À présent, parents et surtout amis du milieu de l’enseignement au secondaire, la balle est dans votre camp. Démontrez votre intérêt pour cette nouvelle collection ARCHIVES qui, je le disais plus haut, sera disponible à temps pour la rentrée scolaire 2019. Envoyez la nouvelle à vos collègues. Et restez à l’affût: ce sera bientôt en ligne sur le site web de Pearson ERPI.

Qui sait, après les cahiers pour la 1ère et la 2 secondaire, l’éditeur décidera peut-être de faire la même chose pour les 3e et 4e secondaire, qui mettent l’accent sur l’histoire québécoise! J’en serais fort heureuse, je vous assure 🙂 D’ici là, je retourne à mon chapitre sur la Renaissance!

Bises.

– Catherine

Historienne, auteure et conférencière, Catherine Ferland est spécialiste d’histoire culturelle du Québec, plus précisément d’histoire de l’alimentation, de l’alcool et de la gastronomie. Elle a écrit ou coécrit une quarantaine d’ouvrages et articles, dont Bacchus en Canada. Boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France et La Corriveau, de l’histoire à la légende.  Elle signe des articles dans près d’une dizaine de journaux et revues, dont Le Devoir et donne régulièrement des conférences au Québec et en France. Elle est aussi la fondatrice et présidente des Rendez-vous d’histoire de Québec. Catherine vit à Québec avec son amoureux, ses trois ados… et ses deux pinschers nains!

 

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Déguster et commenter le vin : depuis quand?

Un plaisir ancien toujours renouvelé

Cours d'oenologie à Montréal, 1959.

Cours d’oenologie à Montréal, 1959.

À l’occasion de la sortie du guide du vin Le Lapeyrie 2016, j’ai décidé de répondre à une question qu’on me pose fréquemment: depuis quand fait-on des dégustations de vin?

S’agit-il d’une activité aussi vieille que le vin lui-même? À quand remontent les premiers guides du vin? Et comment un passionné du vin comme Philippe Lapeyrie a-t-il procédé pour réaliser le sien?

Je vous ai donc – avec entrain et amour, comme toujours! – concocté ce qui suit.

Des vignes, des hommes… et des experts

Procès-verbal de dégustation du vin de Saintonge, Québec, 25 septembre 1728.

Première page du procès-verbal d’une dégustation de vin de Saintonge, Québec, 25 septembre 1728.

J’en ai déjà parlé ici, le vin est une boisson ancienne. L’appréciation des qualités et vertus du jus de la vigne  a sans doute commencé il y a fort longtemps… bien avant qu’il ne vienne à l’idée de quelqu’un d’écrire un guide à son sujet! 🙂

Les premières «dégustations» dûment décrites étaient d’abord et avant tout des actes commerciaux: il s’agissait de vérifier si la marchandise était suffisamment bonne pour avoir une valeur marchande. J’ai d’ailleurs trouvé cette très intéressante archive (image ci-contre) où l’on rend compte de la qualité du vin saintongeais reçu à Québec en 1728. Après dégustation par quelques marchands et commis du Domaine d’Occident, ce vin fut trouvé «d’une verdeur si piquante» qu’on estimait qu’il deviendrait aigre en quelques semaines!

Traité sur le vin, 1824.

Traité sur le vin, 1824.

Il fallait donc sortir des considérations purement commerciales pour entrer dans la sphère gastronomique en offrant des descriptions précises des vins. Le pas fut franchi progressivement au 19e siècle, alors qu’on commence à voir apparaître des traités sur le vin. Mais il s’agit souvent d’ouvrages axés sur la production, remplis de conseils d’agronomie à la fine pointe des connaissances d’alors…

L’expertise a cependant commencé à se construire, ce qui a permis à l’œnologie de se définir et au métier de sommelier de se structurer. Pour vous donner une petite idée, malgré une très longue tradition vinicole, ce n’est qu’en 1955 que le titre d’œnologue a été reconnu en France!

Du vin pour tous

Jusqu’aux années 1980, la littérature sur le vin s’adressait surtout aux professionnels de cette industrie. Pour Monsieur et Madame tout-le-monde, il pouvait être assez difficile de s’y retrouver et de faire les bons choix, surtout avec l’apparition des vins du Nouveau Monde (Chili, Australie, Californie, Canada, etc.) qui est venu accroître la variété des bouteilles disponibles à la Société des alcools du Québec!

Élèves de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie, Montréal, 1973.

Élèves de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie, Montréal, 1973.

Au Québec, c’est à Michel Phaneuf que l’on doit le premier guide du vin, en 1981. Le sommelier bien connu y décrivait alors 500 vins disponibles au Québec. Le Guide Phaneuf du vin est ensuite paru annuellement, permettant ainsi à de nombreux Québécois de s’initier à la dégustation en identifiant les produits qui méritaient leur attention. Notons aussi le Guide Hachette des Vins, qui célèbre ses 30 ans cette année, fruit de la collaboration d’une équipe de rédacteurs et de collaborateurs.

On voit donc que les ouvrages consacrés au vin et à sa dégustation, tout comme le métier de sommelier et la science œnologique, sont très récents dans l’histoire humaine – et dans l’histoire québécoise! Ce qui, bien sûr, n’a pas empêché des générations et des générations de buveurs d’apprécier le vin par eux-mêmes.

Le Lapeyrie nouveau est arrivé!

Le Lapeyrie 2016

Le Lapeyrie 2016

Suivant les pas des Phaneuf, Chartier, Aubry et autres, Philippe Lapeyrie présentait cette année son 5e guide du vin. Réalisé en collaboration avec Mathieu Saint-Amour, Mario Landry, Jean-François Pelletier et Pascale Labrecque, Le Lapeyrie 2016 a été lancé en grande pompe à La Nef, à Québec, le mardi 13 octobre dernier. Se disant lui-même surpris du succès remporté par ses livres, Philippe Lapeyrie n’a pas lésiné sur les moyens afin de produire un guide accessible, pratique et sympathique. Pour réaliser un livre de ce genre, son équipe et lui ont goûté à pas moins de 2000 vins entre janvier et août!

En 5 ans à peine, le sommelier et chroniqueur observe que beaucoup de choses ont changé au Québec. Ainsi, l’offre de la SAQ est en transition, proposant moins de vins abordables et davantage de produits commerciaux, surfant sur l’engouement populaire. Saviez-vous que les vins espagnols représentent pratiquement 10% des ventes?

Philippe remarque que d’excellents vins issus de cépages comme le syrah et la grenache se démarquent en ce moment. Les jeunes vignerons bios qui produisent des vins nature sont aussi dans sa mire : ce n’est pas un hasard s’ils sont très présents dans son livre.

Le sommelier du peuple

Mais au fait, qu’est-ce qui oriente les choix d’un sommelier lorsque vient le temps de sélectionner les vins qui apparaissent dans un tel guide?

Pour Philippe Lapeyrie, la démarche repose sur l’honnêteté, aussi ne propose-t-il que des bouteilles qu’il boirait lui-même avec sa blonde et ses amis. «Est-ce que ça me plait? Est-ce que j’en prendrais 2-3 verres en famille?» L’ouvrage reflète nécessairement ses goûts personnels. Si ses vins favoris comportent très peu de sucres résiduels, il souligne que nombre de personnes qui s’initient au vin recherchent au contraire le sucre et les notes de vanille, de noix de coco… ce qui est normal. Mais, estime-t-il, un palais plus habitué recherchera souvent davantage de subtilité. Sa sélection tient compte de cet éventail de possibilités.

Philippe Lapeyrie et Catherine Ferland au lancement du Lapeyrie 2016 à Québec

Philippe Lapeyrie et Catherine Ferland au lancement du Lapeyrie 2016 à Québec

Il refuse pourtant toute publicité (malgré les offres alléchantes qu’il reçoit) car son guide se veut un ouvrage indépendant, impartial. Aucune «tape dans le dos» ou mention d’un vignoble s’il n’est pas convaincu de la qualité et du bonheur que vous trouverez dans votre verre. Il ne «poussera» jamais bouteille qui n’en vaut pas la peine! C’est cette approche qui, croit-il, explique la popularité de son travail.

Et c’est sans gêne aucune qu’il a mis l’accent sur plusieurs produits québécois puisque, après 35 ans de viticulture, nos vignerons réalisent de magnifiques bouteilles en travaillant avec les terroirs, les cépages les qualités qui nous sont propres. Dans le Lapeyrie 2016 se trouvent donc des «Top 10» des vins blancs, des vins rouges et aussi des cidres du Québec. Philippe parle avec enthousiasme du Domaine Les Pervenches, qui produit un chardonnay splendide en biodynamie… disponible uniquement au vignoble pour le moment.

Dernier truc de notre aimable sommelier. Un vin doit être servi à 10 degrés pour les blancs et à 16 pour les rouges, puisque le froid a tendance à masquer les éventuels défauts mais aussi les subtilités du vin. Ainsi mis à nu, il vous révélera son âme.

Bises.

Catherine

Historienne, auteure et conférencière, Catherine Ferland est spécialiste d’histoire de l’alcool et de la gastronomie et, plus largement, d’histoire culturelle du Québec. Elle participe régulièrement à des émissions de radio et de télé, en plus de faire des conférences aux quatre coins du Québec. Parmi ses ouvrages, mentionnons Bacchus en Canada. Boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France (Septentrion, 2010) et La Corriveau, de l’histoire à la légende (Septentrion, 2014), gagnant du Prix littéraire du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2015 et finaliste aux Prix littéraires du gouverneur général 2014 ainsi qu’au Prix Jean-Éthier-Blais 2015.  Elle blogue au catherineferlandhistorienne.com et signe des critiques culinaires au journal Le Devoir depuis 2012.

 

12 suggestions de livres québécois… en histoire gourmande!

«Nourrir» son intérêt pour le passé gastronomique du Québec

cferland-livres-gourmandsBon, je fais vite. J’ai des millions de choses à faire, comme chacun de nous en ce monde. Mais j’aime beaucoup le 12 août et sa sympathique injonction «J’achète un livre québécois». Étant spécialiste d’histoire gourmande, j’y vais donc de mon propre palmarès des ouvrages qui vous permettront (oui, oui!) d’en apprendre plus sur les aliments ainsi que sur les manières de boire et manger des Québécois… avec bien sûr une insistance sur ma période fétiche, la Nouvelle-France. Bonne lecture!

  1. Martin Fournier, Jardins et potagers de la Nouvelle-France. Joie de vivre et patrimoine culinaire. Québec, Septentrion, 2004, 246 pages.
  2. Jean-Marie Francoeur, Genèse de la cuisine québécoise, à travers ses grandes et ses petites histoires. Montréal, Fides, 2011, 608 pages.
  3. Hélène-Andrée Bizier, Le menu quotidien en Nouvelle-France. Montréal, Art global, 2005, 125 pages.
  4. Julie Perreault, Les vins du Québec. Vignobles, vignerons et vins d’ici. Montréal, Transcontinental, 2009. (Difficile à trouver en librairie mais possiblement disponible à votre bibliothèque locale)
  5. Yvon Desloges, À table en Nouvelle-France. Alimentation populaire, gastronomie et traditions alimentaires dans la vallée laurentienne avant l’avènement des restaurants. Québec, Septentrion, 2009, 240 pages.
  6. Normand Cazelais, Boire et déboires. Histoires d’alcool au Québec. Montréal, Transcontinental, 2014, 184 pages.
  7. Paul-Louis Martin, Les fruits du Québec. Histoire et traditions des douceurs de la table. Québec, Septentrion, 2002, 224 pages.
  8. Bernard Audet, Se nourrir au quotidien en Nouvelle-France. Québec, Éditions GID, 2001, 368 pages.Sylvain Daignault, Histoire de la bière au Québec. Montréal, Broquet, 2006, 182 pages.
  9. Vincent Parisien, Le bec sucré. Panorama d’une passion québécoise. Montréal, Héliotrope, 2013, 224 pages.
  10. Michel Lambert, Histoire de la cuisine familiale du Québec – Volume 4 : La plaine du Saint-Laurent et les produits de la ferme traditionnelle. Québec, Éditions GID, 2012, 1104 pages.
  11. Jacques Dorion, Les terroirs du Québec. Montréal, Trécarré, 2003, 446 pages. (Épuisé, mais tentez votre chance à la bibliothèque)

Je me suis limitée à douze titres pour respecter le «nombre concept», mais la liste aurait facilement pu doubler. Je me reprendrai l’an prochain, tiens! Et comme j’ai résisté à l’envie de ploguer mes propres écrits à même cette énumération, je me permets de le faire ici. Ah ah ah!

Et je vous promets pour très bientôt la suite de mes fameux «commandements» de l’historien, dont vous avez tant apprécié la première partie.

Bises.

Catherine

Catherine Ferland est historienne, auteure et conférencière. Depuis 15 ans, ses thématiques de prédilection – histoire de l’alimentation, des boissons alcooliques, des petits produits «plaisir» et de la culture en général – lui donnent la chance de participer régulièrement à des émissions de radio et de télé, en plus de l’amener à faire des conférences aux quatre coins du Québec.

Revêtir la Nouvelle-France

1760-1775 copieÀ Québec, on se prépare pour les Fêtes de la Nouvelle-France qui auront lieu cette année du 6 au 10 août 2014. Même si je n’aurai sans doute pas le temps de me concocter un costume (je suis DÉ-BOR-DÉE ces temps-ci! mais que du bonheur, alors on ne râlera pas…) j’ai pensé vous partager quelques feuillets numérisés d’un livre très inspirant de Rodolphe Vincent, Notre costume civil et religieux (Montréal, Centre de psychologie et de pédagogie, c. 1965).

On trouvera ci-bas des idées intéressantes pour réaliser des costumes de paysans, de bourgeois, de nobles et de membres de communautés religieuses. C’est très centré sur la civilisation occidentale, alors il n’y a malheureusement rien relativement aux Amérindiens, aux traiteurs ou aux voyageurs, bref aux populations en marge des villes et villages bien «français» de la vallée du Saint-Laurent. Il est à noter que les illustrations ont été réalisées en s’inspirant de gravures, peintures et autres images de ces époques, ce qui leur confère une intéressante authenticité. On est à même de constater que le costume évolue assez rapidement dans ces années-là, certes pas aussi vite qu’aux XIXe et XXe siècles, mais quand même.

Détail amusant: je possède ce livre depuis que je suis enfant. Vous verrez d’ailleurs que mes images favorites sont marquées d’un petit cercle bleu ; il faut croire que l’habitude d’annoter mes bouquins a des racines lointaines! Et tant qu’à pousser la confession, je peux d’ailleurs affirmer que c’est l’un des premiers livres qui m’a donné le goût de l’histoire en me permettant d’apprécier de manière très visuelle la notion de «temps qui passe»… et ainsi piquer la curiosité historienne de la petite fille de 8-9 ans que j’étais alors!

Bonnes découvertes!

 

Les débuts: années 1605-1659

1605-1625

1625-1650

1650-1659

La consolidation de la colonie: 1659-1730

1659-1675

1675-1690

1690-1730

La fin de la colonie: 1730-1775

1730-1760

1760-1775

Des détails vestimentaires intéressants

détails régime français 1

détails régime français 2

Comme vous avez pu le voir, la «mode» était loin d’être immobile. Il y a évidemment des éléments du costume qui changent moins rapidement que d’autres, des détails qui perdurent pendant plusieurs décennies, mais la «ligne» évolue.

ligne du temps 1 copie

Outre les Fêtes de la Nouvelle-France, il y a quelques festivals ou occasions – l’Halloween, même – où un costume issu de notre passé peut s’avérer chouette. Alors bonne confection, si vous voulez aller dans cette voie!

Catherine

P.S. À tout seigneur, tout honneur: voici la couverture du livre dont ces pages ont été extraites:

couverture livre