Journal d’écriture La Corriveau

En ouvrant ce site l’automne dernier, je m’étais bien promis de commettre un billet par mois. La vie étant ce qu’elle est – la mienne, en particulier, et je suis bien placée pour le savoir – je n’ai pu assurer ce rythme. Il faut dire que j’étais toute dédiée à un formidable projet qui tire à sa fin: l’écriture d’un livre consacré à l’histoire et au patrimoine entourant l’une de nos plus célèbres légendes québécoises: la Corriveau. Ça vous dirait d’en apprendre plus (non sur le livre car, après tout, je veux que vous le lisiez quand il paraîtra!) mais plutôt sur le processus d’écriture ?

Marie-Josephte Corriveau en écriture Catherine Ferland

L’écosystème d’historiens au travail!

Ma vie est une vraie Bento Box. Plein de petits compartiments eux-mêmes subdivisés en plusieurs sections. Dans l’un, le plus important, on retrouve ma «vraie» vie de femme: amoureuse, maman de mes enfants, fille de mes parents, amie. Dans un autre compartiment, ma vie professionnelle: employée dans un poste administratif qui a peu à voir avec mes véritables aspirations (mais qui paie les factures), directrice d’étude d’un formidable étudiant de maîtrise (salut, Mathieu!), chroniqueuse au Devoir… et, bien sûr, historienne avec tout ce que cela comporte, dont la recherche et l’écriture!

Le projet de faire un livre sur la Corriveau date d’il y a environ un an. L’idée est née comme bien des idées, c’est-à-dire par hasard, au gré de conversations avec des amis (salut, Joseph!). Puis l’idée s’est précisée et, avec elle, un sentiment d’urgence: celle de réhabiliter non pas Marie-Josephte Corriveau elle-même, puisque nous ne saurons jamais si cette femme a bel et bien «pété les plombs» et tué son second mari. Non, pas moyen de le savoir! En revanche, réhabiliter la place qu’elle occupe dans notre patrimoine culturel me semblait crucial.

Clin d'oeil à l'occasion de l'Halloween, une Corriveau dans un gibet de... duct tape noir. Faut bien rigoler, parfois.

Clin d’oeil à l’occasion de l’Halloween, une Corriveau dans un gibet de… duct tape noir. Faut bien rigoler, parfois.

Dans une entrevue accordée il y a deux ans au journal universitaire Le Fil des événements (devenu, depuis, le Fil tout court), le professeur de littérature Aurélien Boivin déplorait que bien des jeunes d’aujourd’hui ne savent plus qui est la Corriveau. En phase avec la planète entière grâce au web et aux médias sociaux, nous en oublions notre propre fonds culturel, nos traditions orales, nos légendes locales! Le livre que je prépare avec la complicité de mon amoureux (ben oui, allier l’utile à l’agréable!) vise donc à combler cette fissure qui s’élargit, à colmater, en quelque sorte, l’oubli collectif en décrivant l’histoire de Marie-Josephte Corriveau mais aussi l’histoire de la légende.

Comment aborde-t-on un aussi gros morceau de culture? D’autres historiens pourraient vous le dire: en lisant d’abord tout ce qui s’est écrit sur le sujet. J’admets être plutôt intransigeante sur cet aspect. Je ne peux me résoudre à laisser de côté un document qui évoque (ou risque d’évoquer) le sujet qui m’anime. J’ai donc rassemblé un corpus initial de documentation et, une lecture en entraînant une autre, la bibliographie s’est amplifiée au fil des semaines et des mois. Nous avons aussi contré le syndrome de la page blanche en jetant rapidement sur papier et sur Word toutes les notes, impressions et idées qui nous passaient par la tête. Lorsque l’écriture proprement dite a commencé, au moins y avait-il déjà, ça et là, des éléments pour démarrer.

Catherine Ferland 2013

Une historienne au travail (oui, oui!), par un chouette soir de janvier au Pub du Parvis

Nous avons aussi pris le temps de discuter avec des auteurs, artistes, écrivains ayant «produit» du patrimoine en rapport avec la Corriveau. Des auteurs de théâtre. Des brasseurs de bière. Des musiciens. Des rencontres absolument géniales qui nous ont presque fait regretter d’avoir choisi l’histoire au lieu de l’ethnologie (mais non, je plaisante, quoique j’ai beaucoup de respect pour mes collègues ethnologues). On s’est en outre amusé à animer une page facebook et à créer quelques clips vidéos en lien avec le projet.

Le temps a passé, l’hiver a succédé à l’automne, puis a fait à son tour place au printemps. Soir après soir, le travail s’est poursuivi. Écrire, effacer, réécrire. Reformuler. Bonifier. Retrancher. Avec un brin de découragement à l’occasion, je ne vous le cacherai pas. Mais le plus souvent avec passion et authentique enthousiasme!

* * *

Et voilà que ce soir, à environ 6 semaines du dépôt du manuscrit chez mon éditeur favori (salut, équipe du Septentrion!), le travail tire à sa fin. Viendra bientôt le moment de remettre Marie-Josephte entre les mains des lecteurs impitoyables! Ma vie-comme-une-boite-Bento ayant horreur du vide, un projet succédera à celui-ci, comme il se doit. C’est que j’adore fouiller, investiguer et, bonheur suprême, écrire… et être lue.

En fait, je l’admets volontiers, je ne saurais plus m’en passer.

– Catherine

Dérives automnales

Ah, l’automne. Saison qui m’a toujours à la fois fascinée et attristée, depuis que je suis toute petite. Vous savez, cette sensation faite de renouveau (rentrée des classes, recommencement des cours) mais aussi de renoncement (fini le maillot, bonjour le paletot!), où il est si facile de se laisser happer dans le tourbillon des trucs à faire ou, au contraire, de sombrer dans une sorte de mélancolie saisonnière. Alors que voilà bien installé l’automne québécois aux feuilles dorées et à l’humidité persistante, mon humeur oscille entre ces deux pôles. Au gré du vent.

Il n’y a que les Québécois pour apprécier véritablement l’automne et, surtout, pour comprendre pleinement ce qu’il signifie. Spectaculaire manifestation du cycle des saisons, il semble qu’on ne s’y habitue jamais, année après année. On veut croire que le soleil continuera de nous réchauffer. Que le gros manteau de laine et l’écharpe peuvent encore dormir quelques temps au fond du placard. On brave les 12 degrés Celsius avec une arrogance presque touchante : nié par autant de têtes et de gorges nues, le fond de l’air ne nous apparaît pas si frais. Et pourtant, un matin… surprise! Les brins de gazon étincèlent sous le givre bleuté et les pare-brise se sont parés de cristaux: voilà des centaines de banlieusards farfouillant le fond du coffre de leur voiture pour retrouver le grattoir qu’ils y avaient abandonné avec tant de désinvolture quelques mois plus tôt. Et dire que nous ne sommes pourtant qu’en octobre. «D’octobre en avril, les fleurs du grésil», chantait joliment Vigneault.

Il y a pourtant des moments d’enivrant bonheur, alors que le pas foule les tas de feuilles mortes et en libère les odeurs caractéristiques qui nous rappellent irrésistiblement l’enfance. Qui, tout petit, n’a jamais joué à sauter dans un amoncellement de feuilles aux camaïeux de jaune, de safran et d’ocre, y enfouissant son visage pour humer la sève fanée aux relents sucrés? L’odorat est le sens qui, dit-on, nous ramène aux souvenirs les plus anciens. Voilà pourquoi année après année, je revis en odeurs les automnes de mon enfance, y greffant progressivement des expériences plus récentes. Le goût n’est pas en reste, alors que nous délaissons les grillades pour revenir aux plats longuement mitonnés, et que dans nos verres les légers vins rosés cèdent la place aux bières d’automne. Oktoberfest! La vue a la part belle, évidemment, avec le festival généreux qu’improvisent les végétaux sous nos latitudes, les pommes bien rouges dans les vergers, les feuillages éclatants après les ondées, explosions visuelles dont l’œil n’a pas le temps de se saturer. Si l’odorat, le goût et la vue sont sollicités par toute cette exacerbation, l’ouïe subit plutôt une expérience contraire, alors que le départ des oiseaux (et le repli stratégique des voisins amateurs de patio!) nous permet de réapprendre à entendre le bruissement des feuilles, le clapotement des bottes de pluie dans les flaques et le crépitement du feu où un vieux monsieur brûle divers branchages. Quant au toucher, il est mitigé: certes, nous devons recommencer à couvrir progressivement notre épiderme, mais nous redécouvrons du même coup toutes ces sensations procurées par le contact du feutre ou de la laine, par la texture du gros chandail qu’on enfile, par la pesanteur rassurante de la  «doudou» qui nous tient bien chaud.

Après quelques mois d’insouciance estivale, la nature de charge de nous rappeler qu’elle maîtrise nos sens et nos destinées, quel que soit le degré de sophistication de nos sociétés modernes. C’est là sa poésie inhérente.

* * *

«Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver…» chantait notre cher poète de la Côte Nord. J’aurais envie de renchérir que mon Québec ne serait pas le Québec sans ses automnes. Et nous ne serions pas Québécois sans tout ce que cette saison nous apporte, tous autant que nous sommes.

– Catherine

Souper du terroir et alcools du Québec

Vous connaissez mes allégeances : je suis férue de gastronomie québécoise et de produits du terroir. Rien ne plaît autant à mes papilles qu’un bon fromage du Québec, si possible dégusté entre amis. C’est donc sous ce thème que j’ai organisé un fameux souper au début de septembre, conviant quelques passionnés de bonne bouffe à venir partager leurs coups de cœur. «Je m’occupe des boissons», ai-je déclaré.

Me voici donc en compagnie de mon chéri, arpentant les allées de la SAQ à la recherche des vins du Québec, au risque de me perdre entre espagnols et italiens (ah, j’admets qu’ils me font un petit effet, ceux-là!). De guerre lasse, j’apostrophe un commis qui s’empresse aussitôt de m’indiquer la voie pour trouver les blancs, les rouges et les «autres» alcools du Québec, à savoir les cidres et boissons artisanales. Je fixe mon choix sur deux rouges et deux blancs. Et, pour faire bonne mesure, j’ajoute une crème de cassis. Un kir, c’est si bon à l’apéro, n’est-ce pas! À la caisse, on me fait savoir qu’à la faveur d’une promotion en cours, une cinquième bouteille de vin ne me coûterait que quelques dollars supplémentaires. Allez hop, une troisième bouteille d’un beau rouge grenat vient rejoindre ses consœurs dans mon sac (solide et écologique, ça va de soi), en prévision d’une soirée qui promet.

Mes invités ont remarquablement bien respecté la consigne que j’avais fixée. Ma table  croule sous les produits du terroir, depuis les conserves artisanales jusqu’aux bouchées et petits plats mitonnés avec soin. Mes convives ont du goût, je vous l’assure. Les bouteilles ne sont pas en reste : elles trônent fièrement sur le comptoir, où chacun peut se servir à sa guise. Première surprise : tout est bon. Je l’avoue, même si je peux être très chauvine lorsqu’il s’agit de produits du Québec, j’entretenais encore quelques appréhensions pour ce qui est des alcools. Climat oblige, il faut admettre que la production de vin ne pourra jamais concurrencer celle de pays comme la France, le Portugal ou le Chili. Non?

Eh bien, permettez-moi de vous présenter mes deux coups de cœur de la soirée!

D’abord, l’un des vins rouges m’a littéralement arraché un «Wow, on dirait un italien!» : je vous l’accorde, c’est un peu libre, mais considérant mon « petit faible» pour les vins du pourtour méditerranéen, c’est résolument un compliment. J’ai donc devant moi un verre heureusement rempli de Terratabac, un rouge sec et agréablement tannique produit par le vignoble le Mernois. Incidemment, il s’agit de la bouteille ajoutée in extremis au panier! Sur le site de la SAQ, on le décrit comme présentant un « nez assez puissant qui s’ouvre sur des parfums dominants de fraise et de fleurs […] également marqué par de subtiles notes boisées. » Je ne pourrais si bien dire. Je songe immédiatement à ce qu’il pourrait donner avec une bruschetta à la tomate fraîche et aux herbes, généreusement gratinée de Grand Deux. Ou accompagnant un plat de veau de Charlevoix… Pas étonnant que ce vin ait remporté la première place au Salon des vins et fromages du Québec en 2010, dans la catégorie des vins rouges. Le Terratabac se détaille 17$ à la SAQ, où il porte le code 11441400. Une belle trouvaille que je vous conseille vivement d’essayer à la prochaine occasion.

La seconde découverte, je le confesse, n’est pas de mon fait. Même si j’avais bien mentionné que je m’occupais des alcools pour mon souper du terroir, une de mes amies n’en a fait qu’à sa tête : outre ses exquises tartelettes maison aux oignons caramélisés et au Baluchon, elle a eu l’heureuse pensée d’apporter aussi un hydromel. Oui, ce vin de miel à l’évocation poétique. Nous parlons ici du Médiéval Réserve Intermiel, un hydromel liquoreux dont la bouteille massive a créé une forte impression sur mes convives. Et une onde de choc sur nos papilles! Dès la première gorgée, le goût de miel explose sur la langue : sans pour autant être trop sucrée, on a affaire à une liqueur bien affirmée. Le vieillissement en fût de chêne n’y est certainement pas étranger. S’ensuit une succession d’arômes fruités et même vanillés, subtils et complexes, qui arrachent un sourire et font s’exclamer chacun de mes amis. Une révélation! Pour tout vous dire, la bouteille s’est retrouvée vide en moins de vingt minutes. Quelques-uns ont osé ajouter les dernières gouttes à leur café. Cet avis favorable est apparemment partagé, puisque le Médiéval Réserve a remporté plusieurs médailles d’or dans des concours internationaux depuis 2010. On le trouve dans certaines succursales de la SAQ, sous le code 11259296, au prix de 25,55$. Une somme très bien investie pour un produit d’ici qui ravira vos invités. Précisons qu’il faut tout de même être amateur de vins liquoreux pour apprécier pleinement ce délicieux alcool.

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Ah, si tous les Québécois se faisaient un devoir d’acheter ne serait-ce qu’une bouteille de vin du Québec par année… Osez, mes amis, osez! Si les consommateurs sont au rendez-vous, les vignerons oseront aller toujours plus loin pour perfectionner leurs produits. À suivre!

 

– Catherine