Substance gourmande : le chocolat (2 de 2)

De nos jours, le chocolat est d’abord et avant tout une substance plaisir consommée comme une friandise. Tout au long de l’année, grands et petits s’en régalent sous diverses formes: boisson chaude, plaquettes ou tablettes, confiserie, chocolatines, bonbons… et quand arrive le temps de Pâques, on le croque avec plaisir sous forme de poules, d’œufs et de lapins. Le chocolat a pendant longtemps été un produit réservé aux adultes (revoir le précédent billet sur le chocolat comme substance coquine), mais de nos jours il fait définitivement partie de la grammaire alimentaire occidentale. Vous avez envie d’en savoir plus?

Une boisson élitiste

Il faut se rappeler que le chocolat, substance des Amériques n’est introduit en Europe qu’après les grandes explorations, au XVIIe siècle, aux côtés de plusieurs autres denrées nouvelles qui ravissent l’appétit d’exotisme de l’Ancien monde.

cferland-plantationLa saveur naturelle du cacao est cependant jugée bien âpre aux papilles délicates des Européens… Ce sont les communautés religieuses espagnoles qui, les premières, auront l’idée de l’adoucir en y ajoutant du sucre (beaucoup, beaucoup de sucre!) mais aussi de la vanille et, parfois, de la cannelle et autres aromates. Des variantes naissent un peu partout, par exemple l’emploi de lait chaud (au lieu d’eau chaude) pour réaliser le mélange, ainsi que l’ajout de clous de girofle, d’amandes, d’ambre et de musc. En Angleterre, on y mettra même, à l’occasion, un œuf battu pour rendre le tout encore plus nourrissant!

Pendant près de deux siècles, c’est surtout sous forme liquide que l’on consommera le chocolat. Et c’est principalement pour ses vertus roboratives, stimulantes et même aphrodisiaques qu’il est recherché et fort apprécié des élites occidentales! Les grandes puissances de l’époque n’hésitent pas à établir des plantations de cacao dans leurs colonies tropicales pour s’assurer un approvisionnement adéquat. La première «maison de chocolat» – sur le modèle des «cafés» – ouvre à Paris en 1671. S’il n’y a pas encore l’équivalent de ce côté-ci de l’Atlantique, on trouve du chocolat (en quantité modeste) en Nouvelle-France, dans la vallée du Saint-Laurent mais aussi à Louisbourg et autres villes importantes d’Acadie, où son prix élevé en fait une substance recherchée par les riches.

Rien de trop beau pour la classe ouvrière

cferland-chocolat-mcxIl faut attendre les années 1800 pour que le chocolat change de «registre» et se diffuse à tous, gens de condition modeste comme élites, enfants comme adultes. C’est grâce à la Révolution industrielle et à la mécanisation que cette démocratisation du chocolat devient possible. La machinerie hydraulique et l’emploi de la vapeur, dont l’emploi démarre dans la seconde moitié du 18e siècle et se répand par la suite, permettent de véritablement tirer parti des stocks de cacao importés d’Amérique centrale et du sud, tout en faisant baisser les coûts de production. Et c’est aussi pendant ce siècle qu’on voit éclore les entreprises qui marqueront l’industrie du chocolat… et donc plusieurs nous sont encore familières: Van Houten,  Cadbury, Cailler, Nestlé, Lindt, Fry, Tobler, Côte d’or, Menier. L’usine construire par Émile Menier à Noisiel (Seine-et-Marne) en 1862 est aujourd’hui classée monument historique!

cferland-menierSaviez-vous que le chocolatier Henri Menier a eu des liens privilégiés avec le Québec? En 1895, il se porte acquéreur (rien de moins) de l’île d’Anticosti... pour la rondelette somme de 125 000$. Ce passionné de plein-air, désireux de pratiquer la chasse et la pêche, investit et développe beaucoup l’île, notamment en y implantant des populations animales. Il tente aussi de créer une sorte de colonie utopiste. Le village de Port-Menier en rappelle l’existence encore aujourd’hui.

Le chocolat dans la Belle Province

LogoLauraSecord1950Parlant du Québec, qu’en est-il ici? En fait, dans l’ensemble du Canada, l’engouement pour la production chocolatière tarde à se manifester. Ce n’est qu’en 1913 que le premier Laura Secord ouvre ses portes à Toronto. Ralentie par la Grande Guerre, l’expansion démarre véritablement dans les années 1920. Il faut dire que les Américains se mettent aussi de la partie à ce moment-là, avec l’apparition de gros joueurs comme Mars (célèbre pour sa barre du même nom, lancée en 1923) et inondent le marché nord-américain… Le chocolat est largement employé en pâtisserie (par exemple pour les petits gâteaux Vachon, à Sainte-Marie de Beauce) mais le marché de la production chocolatière n’intéresse apparemment pas les entrepreneurs francophones.

La place, laissée vacante par les Québécois, est investie par les entreprises étrangères. Montréal la cosmopolite attire la compagnie Cadbury, qui y aura son siège social canadien… jusqu’en 1976, lorsque le Parti québécois de René Lévesque prend le pouvoir. Les visées indépendantistes du Québec et la crainte d’un éventuel État unilingue francophone – entre autres facteurs – incitent les dirigeants à déménager à Toronto. Un départ qui crée beaucoup d’amertume au sein de la population.

cferland-barry-callebautAvec toutes ces embûches, difficile de croire que le Québec est aujourd’hui l’un des pôles nord-américains de la fabrication du chocolat! En effet, c’est grâce à l’installation d’une filiale de la chocolatière suisse Barry Callebaut à Saint-Hyacinthe que nous pouvons désormais nous targuer de produire quotidiennement plus de 650 tonnes de chocolat. Oui, vous avez bien lu. Cette usine où travaillent environ 500 personnes est au troisième rang de la production nord-américaine. Elle dessert (c’est le cas de le dire) l’industrie agroalimentaire et les chocolatiers, par exemple avec les petits carrés Bakers. Environ 90% du chocolat qui sort de Barry Callebaut prend ensuite la route des États-Unis. Saint-Hyacinthe, capitale agroalimentaire du Québec, a désormais son Académie du chocolat. Une version québécoise de Charlie et la chocolaterie, quoi!

Info bonus. Imaginez-vous donc que les petits bouts de chocolat qui s’échappent d’une ligne de production et tombent par terre ne sont pas jetés: ils sont récupérés et envoyés aux fermes porcines de la région, où ils font les délices des animaux. De quoi expliquer, peut-être, le goût capiteux de votre côtelette de porc d’hier soir.

*

Cold Stout beer glass isolated«Le chocolat se décloisonne. On ne peut plus penser uniquement au chocolat comme une collation », affirmait Jordan Lebel, professeur de gestion à l’Université Concordia, interviewé par La Presse il y a quelques années. Il ne croyait pas si bien dire. Le chocolat a la cote. On le cuisine avec audace, on le sort du strict domaine de la confiserie pour le réinventer encore et encore. Même certaines bières, surtout de type stout, présentent de chaudes notes de cacao!

Et vous, vous aimez le chocolat? Moi, je l’adore. Particulièrement noir et truffé de pâte de piment.

– Catherine

 

Sources et crédits

Sur la chronologie des chocolatiers : Portail du chocolat

Sur Meunier à l’île d’Anticosti: Vicky Lapointe et Anticosti Au temps des Menier (ONF, réal. Jean-Claude Labrecque)

Sur la controverse de Cadbury au Québec : Tabagie Saint-Jean

Sur l’industrie du chocolat au Québec : La Presse

 

Catherine Ferland est historienne, auteure et conférencière. Depuis 15 ans, ses thématiques de prédilection – histoire de l’alimentation, des boissons alcooliques, des petits produits «plaisir» – lui offrent l’occasion de participer régulièrement à des émissions de radio et de télé, en plus de l’amener à faire des conférences aux quatre coins du Québec.

Fragments d’humanités numériques

Je suis totalement fascinée par la profonde transformation qu’on observe actuellement au plan des rapports humains. Il ne se passe guère une journée où je ne sois frappée par la formidable incursion du numérique dans nos interactions sociales, familiales, amoureuses, et aussi dans notre rapport au savoir, à la connaissance. Si certains dénoncent haut et fort le déclin des «vraies» relations au détriment de celles qui se nouent et s’entretiennent via le Web, je vois plutôt le numérique comme un vecteur d’enrichissement considérable. À condition – bien sûr et comme en toute chose – d’en tirer parti intelligemment.

Il me plaît parfois d’essayer d’imaginer à quoi aurait ressemblé mon adolescence si j’avais vu le jour en 1998. Plutôt que de rêver d’un scooter pour mes 16 ans, j’aurais réclamé un iPhone 5. Au lieu de ces innombrables petits messages pliés qui circulaient en classe et lors des récréations (salut, Véro!) j’aurais reçu des textos plusieurs fois par heure sur ledit iPhone 5. J’aurais possiblement fréquenté Wikipedia plutôt que la bibliothèque municipale. Et ce garçon trop timide pour m’aborder aurait peut-être osé manifester son intérêt sur le «Spotted» de mon école polyvalente. Les temps ont bien changé. Et vite, à part de ça.

#quesontlesrelationsdevenues

11tabl-maitre-technoMe voici plutôt, la trentaine bien sonnée, totalement accro aux médias sociaux, connectée à 310 amis Facebook et abonnée à je ne sais combien de pages, raffolant de ces possibilités offertes par le numérique et impatiente de voir ce que demain nous apportera. Je gère même quelques communautés, deux sites Web, une chaîne Youtube…

Mais revenons à l’aspect relationnel. J’apprécie tout particulièrement deux choses typiques de notre époque. D’une part, le Web me permet de savoir ce que devient une amie établie dans une autre région – allô Annie! – et dont, autrement, je n’aurais que peu ou pas de nouvelles. Qui envoie encore des lettres et cartes postales de papier, maintenant? Ça permet un «suivi», donc, d’une relation ou d’un intérêt qui existe en-dehors du numérique. D’autre part, le Web me donne l’occasion de faire la connaissance de gens ou de groupes qui autrement me seraient restés étrangers. Des blogueurs – dont l’identité ne se résume évidemment pas au fait qu’ils tiennent un blogue! 😉 – et des «amis des amis», par exemple, mais aussi des communautés d’intérêt.

Et parfois, j’ai le plaisir de rencontrer en personne quelqu’un que je ne connaissais que par le Web – coucou Caroline! La boucle est alors bouclée.

ParadHOAX?

Et, pourtant, pas l’ombre d’un iPhone 5 (ni même d’un 4, 3, 2 ou 1!) dans mon sac à main. Paradoxal, pour une geekette comme moi? Peut-être un peu. Si mon ordinateur n’est pas ouvert, mon existence numérique est temporairement suspendue. Mais voyez-vous, cela s’avère le plus souvent une bonne chose…

J’aime le fait de pouvoir ainsi «disparaître» quelques heures, voire quelques jours. Ça m’oblige à renoncer à l’envie de tout voir, à balancer par-dessus bord la peur de manquer une nouvelle, une publication, une occasion de «J’aimer» ou de @Retwitter. Angoisse postmoderne!

C’est vrai, quoi. Il est facile de devenir un peu compulsif et d’aller «voir son Facebook ou son Twitter» aux 5 minutes… Est-ce que c’est votre cas, à vous aussi? J’apprécie – plus encore, je cultive comme un bien précieux – la liberté de m’évaporer de cette noosphère numérique comme bon me semble, pour y revenir quand je suis prête. Même si cela passe par la non-possession d’un téléphone intelligent. Peut-être suis-je une sorte d’anomalie, un hoax, une espèce en voie d’extinction. Ou, tout simplement, une personne avec ses propres contradictions, comme tout le monde.

Humanité 3.0

noosphere-earth_gridÊtre ainsi connectée à une multitude d’autres êtres fait-il de moi une meilleure personne? J’ose croire que cette caractéristique est une extension de ma propre personnalité, tout simplement. Ça me permet d’exprimer ma sollicitude à l’ami qui ne «file pas» (je l’aurais ignoré s’il ne l’avait pas manifesté dans son statut Facebook) ou de manifester mon soutien à cette autre amie qui reprend sa vie en main. Ça me permet aussi de réagir à des idées et d’apprendre à exprimer clairement ma pensée dans des conversations virtuelles. Ça me permet d’aiguiser mon esprit critique en choisissant ce que je veux retwitter ou partager aux gens qui me suivent sur les médias sociaux.

Et de me retirer, parfois, comme on se retire d’une soirée lorsque l’on est fatigué.

J’ai déjà entendu (ou lu?) quelque part que Internet est comme un gros buffet et qu’il faut apprendre à «consommer» avec discernement, sinon on risque de se perdre un peu dans cette abondance. Il faut apprendre à se respecter tout en respectant les autres. Nouveaux codes, nouvelle éthique. Du @ au #. Une nouvelle forme de civilité, quoi – bonjour Laurent!

*

Au final, je suis certainement mieux informée et «réseautée» que je n’aurais pu l’être avant (avant Internet, s’entend), ce qui peut s’avérer très intéressant dans mon domaine… mais qui est aussi, tout simplement, formidablement enrichissant pour un être humain du nouveau millénaire. J’assume mon humanité numérique. Et vous?

Bordeaux, radio, boulot

J’émerge d’un enivrant maelström (oui, le mot est choisi) : il y a une dizaine de jours prenait fin Bordeaux fête le vin à Québec, un événement auquel j’ai eu l’immense plaisir de participer à titre de conférencière et qui m’a permis de faire la rencontre de gens intéressants et passionnés. Et de découvrir d’excellents vins, évidemment. Une chose en entraînant une autre, de bien belles occasions se dessinent pour moi – tant au niveau professionnel qu’au niveau humain – et j’en éprouve une grande gratitude envers la Vie! Laissez-moi vous raconter tout ça!

Bordeaux fête le vin, la «grande fête épicurienne»

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La foule présente lors de la dernière soirée de Bordeaux fête le vin, 1er septembre 2013. Photo: Renaud Philippe

Imaginez des centaines de personnes, verre de vin à la main, déambulant sur un magnifique site en plein air, où ils ont l’occasion de goûter à des crus allant de très bons à exceptionnels. Imaginez plusieurs dizaines de vignerons venus des différentes régions entourant Bordeaux, affairés à faire découvrir leurs produits aux Québécois. Sourire aux lèvres, chacun côtoie son prochain dans une bonne humeur générale. Les bermudas et gougounes de plage croisent les robes fancy et les petits talons. Certains grignotent un petit quelque chose, qui un satay de canard du MC Chef ou un tartare de boeuf du SSS, qui un cornet de jambon de Bayonne ou des macarons spécialement conçus pour l’événement par la chef Isabelle Plante, du 47e Parallèle. On entend s’exclamer les heureux participants: «Eh, j’ai goûté un super bon liquoreux à la tente des Sweet Bordeaux!» «Va essayer le Château Untel, au pavillon Médoc et Graves!» et tutti quanti. Ou, plus simplement, fusent ici et là des «Oh wow! Que c’est génial d’être ici!»

Organisé par la firme 3E, qui gère de gros événements dont le Festival d’été de Québec, Bordeaux fête le vin est indubitablement une fabuleuse réussite.

J’ai eu de belles opportunités d’en parler, d’abord à la radio, puis à la télé, pendant la semaine de l’événement, comme je le décris plus bas dans ce billet.

Une longue histoire d’amour avec Québec

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Mon «bébé», Bacchus en Canada, a peut-être 3 ans, mais il suscite encore beaucoup d’intérêt! Photo: Luc Blain.

Du jeudi 29 août au dimanche 1er septembre, j’ai donc eu le plaisir d’investir la scène principale du site, à Espace 400e, pour raconter la longue histoire d’amour des Québécois pour les vins de Bordeaux.

Quiconque de plus de 50 ans sait que les Québécois ont longtemps boudé le vin, lui préférant la bière ou le «fort» (dry gin, crème de menthe pour les matantes, etc.) : c’est assez récemment que l’on a découvert – ou plutôt redécouvert – le vin. L’offre actuelle dans les différents points de vente a littéralement explosé depuis les deux dernières décennies.

Pourtant, il fut un temps où les gens de Québec étaient friands de vin. Et tout particulièrement de vin de Bordeaux! Mes recherches sur l’histoire de la consommation d’alcool en Nouvelle-France, dont j’ai publié les résultats dans le bouquin Bacchus en Canada, m’ont permis de découvrir à quel point le jus de la vigne faisait partie de la vie quotidienne de nos ancêtres. Après quelques essais vinicoles plutôt décevants avec les vignes indigènes, puis des tentatives d’acclimatation ratées des vignes françaises – avec les moyens techniques de l’époque, c’était du pur héroïsme de faire du vin ici! – les gens de la Nouvelle-France se sont rabattus sur l’importation.

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Bouteilles de vin de France retrouvées à Québec par les archéologues. Arrière-plan: vigne canadienne sur tuteur. Montage: Catherine Ferland.

Si c’était plutôt La Rochelle qui envoyait ici ses navires au 17e siècle, le port de Bordeaux lui a royalement damé le pion à partir du début du 18e siècle. Et cette ville jouissait d’un avantage commercial très particulier, le Privilège de Bordeaux, ce qui lui permettrait d’expédier ses propres vins avant «d’accommoder» les autres régions. C’est ce qui fait que le vin de Bordeaux représentait environ 90% de tout le vin qu’on pouvait trouver dans la ville de Québec entre 1700 et 1760! Ce n’est pas rien. Notre «carte des vins» locale était plus variée que celle qu’on aurait pu trouver dans une ville de même taille en France pendant cette période!

Évidemment, la Conquête britannique a changé la donne en introduisant ici un goût prononcé pour la bière et le gin, goût qui a fini par imprimer durablement les manières de boire des Canadiens… jusqu’à ce que certains passionnés, vers la fin des années 1970, se réintéressent à la table de nos ancêtres (ah, le retour à la terre! la recherche des racines!) et réalisent que le vin était, justement, très associé à notre identité française. On a reconstruit des liens commerciaux avec les vignobles de France, on a recréé ici des foires vinicoles comme il s’en faisait ailleurs… Et voici comment, en 2013, les Québécois sont décidément tombés amoureux des bons vins.

Merci, monsieur Labeaume

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En compagnie de Régis Labeaume, maire de Québec, 1er septembre 2013. Photo: Martin Plante

L’homme a ses détracteur, et certes ses défauts, mais on ne peut lui reprocher d’être apathique: Régis Labeaume a le grand mérite d’oser attirer à Québec des événements d’envergure. L’idée de Bordeaux fête le vin, par exemple, est née lors d’une visite à Bordeaux, dont les quais vibraient de festivités vinicoles. Il se serait tout simplement exclamé qu’il serait bien d’inviter l’événement à Québec… Ce qui fut fait pour la première fois l’an dernier, pour célébrer les 50 ans de jumelage des villes de Québec et de Bordeaux. Le succès populaire remporté par ce premier opus a incité tout le monde à récidiver dès cette année. Merci, monsieur Labeaume.

Boulot et radio

L’événement Bordeaux fête le vin à Québec a constitué une formidable planche médiatique pour moi. Ça n’avait pas bougé autant depuis la sortie de mon Bacchus en 2010! Côté radio, j’ai été reçue en compagnie de Philippe Lapeyrie à l’émission Première heure, animée par Claude Bernatchez, à ICI Radio-Canada Première, le lundi 26 août. Une rencontre déterminante puisque, tout le reste de la semaine, Philippe a parlé de moi dans presque toutes les entrevues accordées en lien avec l’événement! 🙂 J’ai aussi été invitée à l’émission 3600 secondes d’histoire, animée par Alex T. Lamarche, Kim Chabot et Joseph Gagné, sur les ondes de CHYZ FM 94,3 le mercredi 28 août en soirée.

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En tournage avec la journaliste Josée Guillemette, 30 août 2013. Photo: Luc Samama.

Côté petit écran, c’est le vendredi 30 août – jour de mon anniversaire! – que j’ai accordé une entrevue à Josée Guillemette pour la version électronique du Journal de Québec, puis j’ai participé en direct à l’émission En supplémentaire après le Téléjournal de SRC vers 18h45. Je vous avoue une chose: c’est à ce moment précis que j’ai pris conscience que mes appréhensions face à la caméra étaient définitivement révolues.

Résultat de l’opération: je suis décidée à faire le grand saut vers l’univers médiatique, en mettant de l’avant mon expertise en histoire des boissons, des aliments, des terroirs et de la culture québécoise. Une émission de radio (j’en reparle dans un prochain billet, promis) et des implications dans divers projets télé sont au menu pour les prochains mois. Et, bien sûr, l’écriture.

*

Il arrive de ces moments où l’on prend conscience que notre existence est à un carrefour important, que ce que l’on est en train de vivre est déterminant pour la suite des choses. Je me situe précisément à l’un de ces carrefours. Et, chers amis, c’est d’un pas allègre et confiant que j’entreprends les premiers pas dans cette nouvelle voie. Me suivrez-vous? 🙂

– Catherine

Pacte culturel québécois: une idée à explorer

Il y a déjà quelques temps que je jongle avec cette idée. Une idée un peu folle, mais pas tant que cela. Une idée qui pourrait faire une différence si, comme par magie, des centaines – que dis-je, des milliers! – de personnes y adhéraient. Certains y adhèrent déjà sans le savoir! Cette idée, c’est celle d’une sorte d’entente tacite entre le Québécois et son Québec, un pacte volontaire par lequel chacun s’engagerait vraiment à soutenir la culture d’ici, sous toutes ses formes. Acheter, c’est voter, écrivait Laure Waridel. Je ne parle pas ici d’un engagement au sens politico-partisan-gauche-droite du terme, mais il y a effectivement une dimension politique: et si, une fois pour toutes, nous nous choisissions nous-mêmes?

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Le comédien québécois Antoine Bertrand incarnant Louis Cyr. Que la force soit avec nous! 🙂 Photo: lapresse.ca

Je suis toujours décontenancée quand quelqu’un me dit fièrement «Je suis Québécois» (et le pense!) mais se gave systématiquement de cinéma, de séries télé, de musique et de bouquins américains ou européens. Ça m’attriste, en fait. Pourquoi ne serions-nous pas assez fiers de notre culture pour que cette fierté transparaisse dans nos choix de consommation?

N’est-ce pas un peu «chauvin»? Eh bien peut-être l’est-ce un peu, effectivement. Y a-t-il du mal à cela? Le magnifique succès que remporte le film Louis Cyr depuis sa sortie le 12 juillet dernier constitue une belle occasion de se le rappeler.

«Et si, une fois pour toutes, nous nous choisissions nous-mêmes? Ne serions-nous pas plus forts?»

D’où l’idée d’un accord informel où nos actes seraient le prolongement de nos paroles.

Puisqu’il faut bien commencer quelque part,  voici des suggestions de clauses de cet étonnant pacte. On aime ça, les listes, il paraît. Alors allons-y gaiement!

Chaque année, le ou la signataire du Pacte culturel – catégorie bronze s’engagerait à:

  • Choisir au moins un film québécois au cinéma
  • Louer au moins trois films québécois au club vidéo
  • Acheter au moins un album de musique d’un artiste québécois
  • Lire un livre d’auteur québécois (tous genres confondus et peu importe l’année de parution)

À ces clauses, l’adhérent au Pacte culturel – catégorie argent ajouterait aussi:

  • Aller voir une pièce de théâtre (classique, expérimental, d’été, pour enfant… au choix!)
  • Aller voir une exposition dans un musée (peu importe la région ou le type de musée)
  • Aller à l’opéra ou à l’orchestre symphonique

Le ou la signataire du Pacte culturel – catégorie or pourrait encore y additionner:

  • Prendre un abonnement au théâtre (quatre ou cinq pièces)
  • Assister à un spectacle de danse (contemporaine, ballet, etc.)
  • Se faire un devoir d’amener un(e) ami(e) à quelques-unes de ces sorties culturelles pour devenir un «agent multiplicateur» de la culture d’ici
  • Acheter un tableau ou une œuvre d’un artiste québécois.
Les comédiens de la pièce Les marches à la pleine lune(Jimmy Doucet Productions) au Lac-Saint-Jean

Les comédiens de la pièce de théâtre «Les marches à la pleine lune» (Jimmy Doucet Productions) au Lac-Saint-Jean, 2013. Photo: Denis Hudon/ AFP

Qu’avons-nous à gagner? La connaissance réelle de «ce qui se fait ici» (autrement qu’en ayant regardé le dernier «Tout le monde en parle»…), le plaisir de découvrir de nouvelles choses et peut-être même de nouvelles passions. Et collectivement, nous avons bien sûr encore plus à gagner.

En ce moment, je peux honnêtement affirmer me situer dans la catégorie argent… avec des incursions dans la catégorie or lorsque mon budget me le permet. Je n’ai pas le câble, je n’ai pas de cellulaire, mais j’ai des œuvres d’art sur mes murs. C’est mon choix.

*

Permettez-moi de rêvez. Permettez-vous de rêver un peu, deux secondes. Et si, par ces choix somme toute assez simples, nous en venions à faire une différence pour un artiste, pour un écrivain? Est-ce que c’est toujours aussi fou?

Tant qu’à y être, on pourrait étendre la notion de culture à celle d’agriculture, en ajoutant des clauses gourmandes: accorder systématiquement la préférence aux fromages fins québécois, découvrir les alcools du Québec, s’abonner à un «panier d’agriculteur» pour soutenir les producteurs de sa région et, autant que possible, favoriser les achats de proximité pour la viande, les produits laitiers, les fruits et légumes.

Ben oui, pourquoi pas. Bien des gens de mon entourage le font déjà.

Et vous? Êtes-vous déjà, sans le savoir, un «signataire» de ce Pacte culturel québécois?

– Catherine

Boissons et compagnie…

Wow. Une «saison» de conférences qui démarre sur les chapeaux de roues. Pour moi qui ai le plaisir d’aller jaser de boissons et autres thématiques festives depuis maintenant 15 ans, c’est toujours agréable de constater qu’un public renouvelé est au rendez-vous.

Vous me pardonnerez le ton «autopromo» de ce billet, mais une fois n’est pas coutume… Et dans la mesure où j’envisage sérieusement de devenir auteure et conférencière à temps plein, je dois m’assumer! 🙂

Alors allons-y. L’une de mes prochaines interventions – ou plus exactement, quatre interventions – sera dans le cadre de l’événement Bordeaux Fête le vin à Québec, où j’aurai l’honneur de présenter une conférence intitulée «Les Bordeaux: une longue histoire de cœur avec Québec» les 29, 30 et 31 août ainsi que le 1er septembre 2013 à 14h, sur la scène principale du site, à Espace 400e (Vieux-Port de Québec).

Conférence Bordeaux Fête le vin à Québec Chouette, n’est-ce pas?! C’est un cadre de rêve pour aller jaser de cette thématique, l’ALCOOL, qui suscite encore et encore l’intérêt du grand public. Le Québec est gourmand, épicurien, curieux. J’adore.

Il y aura aussi le cycle de conférences en lien avec Marie-Josephte Corriveau, dite La Corriveau. C’est déjà commencé: près d’une centaine de personnes se sont déplacées la semaine dernière à Saint-Vallier de Bellechasse pour entendre parler de son histoire et de sa légende! Pour les intéressés, sachez que la prochaine intervention publique concernant notre célèbre encagée aura lieu au Musée de la civilisation à Québec pendant les Fêtes de la Nouvelle-France.

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Devenir spécialiste d’un thème historique précis, ça demande beaucoup de travail. Je n’oserais dire de «sacrifices» car, il faut l’admettre, je m’amuse véritablement en faisant mes recherches, en préparant mes conférences, en rédigeant mes articles et mes bouquins, et surtout en discutant avec vous. Mais c’est un travail constant où la persévérance est de mise. Mes efforts des dernières années commencent à porter fruit. Comme un vin qui, patiemment, aurait gagné en corps et en notes aromatiques au fil du temps.

Tenez, prenez un verre. À votre santé!

Catherine