Le vin chaud : plaisir épicé avec un zeste d’histoire

vin-chaud-cferlandLe vin chaud est généralement préparé avec une base de vin rouge à laquelle on ajoute des ingrédients sucrés, des fruits – surtout des agrumes – et des épices, dont l’incontournable cannelle, que l’on met à chauffer. On peut aussi le préparer en partie avec du jus de fruits. Afin de réussir sa macération, il faut compter une bonne heure à feu doux. À retenir : la préparation doit frémir mais ne jamais bouillir. Il est possible de préparer le vin chaud la veille… mais plus la cuisson est longue, plus le degré d’alcool diminue.

Consommé avec modération, le vin chaud permettrait d’éloigner le rhume… enfin, c’est ce qu’on dit! 🙂

 

Un zeste d’histoire

gravure-vin-cferlandIl y a plusieurs milliers d’années que l’on connaît les boissons de ce type. Les vins épicés étaient déjà appréciés à l’époque romaine! Le miel était l’un des ingrédients prépondérants avec, bien sûr, le vin : on y ajoutait des épices, des noix et des dattes. Avec l’extension de l’empire romain, les vins épicés seront popularisés un peu partout en Europe. Des variantes médiévales, très sucrées et comportant plusieurs épices comme le clou de girofle et la cannelle, porteront le nom d’hypocras. À la faveur des grandes explorations, de nouveaux aromates comme la cardamome ainsi que les agrumes viendront accroître les possibilités de mélanges.

Les épices et autres ajouts permettent au liquide de se conserver beaucoup plus longtemps sans s’oxyder et lui confèrent aussi beaucoup de valeur. Le vin épicé est consommé lors des repas et des banquets car il facilite, croit-on, la digestion. On l’offre aussi en cadeau. D’illustres personnages l’apprécient beaucoup : c’est le cas du roi de France Louis XIV!

L’usage de servir chaud le vin épicé, surtout pendant les froides journées d’hiver, provient du nord de l’Europe. Cette pratique y est encore très populaire. Le glühwein, comme on l’appelle dans les pays germaniques, est servi entre autres pendant les marchés de Noël allemands, alsaciens et autrichiens. Il est parfois servi dans des pots marqués de la date du marché de Noël où le vin chaud a été vendu. Les clients peuvent décider de le conserver ou alors le rapporter contre une consigne.

pont-glace-buvette-cferlandAu Québec, il y a longtemps que les boissons à base de vin rouge épicé sont appréciées. À l’époque de la Nouvelle-France, les habitants aimaient boire du rossoli, une eau-de-vie de vin (brandy) aromatisée aux épices et aux agrumes. Au fil du temps, le goût des Britanniques pour les divers punchs et grogs a contribué à maintenir cet intérêt. Vers 1850, les ponts de glace qui permettaient de traverser de la rive nord à la rive sud du Saint-Laurent, notamment devant la ville de Québec, étaient ponctuées de buvettes où l’on servait du vin chaud. Cette tradition s’est évidemment perdue avec l’apparition des brise-glace et des traversiers ainsi que la construction des ponts.

De nos jours, on consomme encore des boissons chaudes épicées en certaines occasions hivernales. Entre autres dans le temps du Carnaval, alors que l’on ressort nos vieilles recettes et, en les mettant au goût du jour, on élabore le célèbre caribou!

 

Recette de vin chaud épicé pour 8 personnes

Ingrédients liquides :

  • Un litre de vin rouge (par exemple pinot noir ou gamay, mais c’est vraiement au goût)
  • Un demi-litre de jus de petits fruits, sans sucre ajouté (canneberge, framboises, cassis, etc.)
  • Une tasse d’infusion (thé ou tisane) aux épices ou à la bergamote
  • Une demi-tasse de vin fortifié de type porto
  • Une demi-tasse d’alcool fort: rhum, cognac, brandy, sherry, voire Southern Comfort
  • Un quart de tasse de crème de cassis, de mûre ou de framboise

Ingrédients sucrés :

  • Un quart de tasse de sucre, sucre de canne roux ou cassonade
  • Deux cuillers à soupe de miel ou de sirop d’érable

Ingrédients fruités :

  • Une tasse de fruits en dés : citrons, oranges, clémentines, pommes (bien laver la pelure)
  • Un quart de tasse de raisins secs et/ou de figues hachées
  • Zeste de deux ou trois agrumes

Ingrédients épicés :

  • Deux bâtons de cannelle ou 1 c. à soupe de cannelle moulue
  • Deux ou trois clous de girofle
  • Un peu de muscade râpée
  • Une gousse de vanille (ou 1 c. à thé d’extrait de vanille)
  • Dix grains de poivre noir
  • Bonus, si vous aimez : une touche de cardamome, gingembre, citronnelle ou genièvre

Préparation

  • Quelques heures avant, faire macérer les dés de fruits (oranges, citrons, pommes, clémentines) dans un peu d’alcool (porto, rhum ou autre).
  • Dans une casserole ou à la mijoteuse, faire chauffer (sans le laisser bouillir!) le vin avec les ingrédients épicés (cannelle, poivre, vanille, etc.) pendant 30 à 120 minutes.
  • Filtrer à l’aide d’une passoire pour retirer les épices.
  • Ajouter les ingrédients sucrés, les fruits macérés, les zestes, le porto et la crème de cassis/mûre/framboise.
  • Refaire chauffer à feu doux pendant une vingtaine de minutes ou remettre à la mijoteuse au niveau le plus bas.

Service du vin chaud épicé

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L’idéal est de servir le vin chaud épicé dans de petites tasses de verre ou de grès. On peut décorer, si on le désire, d’un bâton de cannelle et d’une rondelle d’agrume.

Si la saveur épicée est trop prononcée, il est possible de diluer le vin avec un peu d’eau ou de jus de pomme. Ou, pour les plus audacieux, d’alcool…

Au niveau des accords vins-mets, disons que le vin chaud épicé se déguste bien avec une tranche de gâteau aux fruits, une poignée de noix, un biscuit aux raisins secs ou des fromages au goût prononcé, par exemple un bon cheddar vieilli.

Le vin épicé peut se conserver jusqu’à une semaine au réfrigérateur. Il gagnera même en saveur! Il suffira de le faire réchauffer, toujours en évitant de bouillir.

*

À votre santé! Que cette période de réjouissances ainsi que la nouvelle année vous apportent bonheur, chaleur et prospérité!

Catherine

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Bordeaux, radio, boulot

J’émerge d’un enivrant maelström (oui, le mot est choisi) : il y a une dizaine de jours prenait fin Bordeaux fête le vin à Québec, un événement auquel j’ai eu l’immense plaisir de participer à titre de conférencière et qui m’a permis de faire la rencontre de gens intéressants et passionnés. Et de découvrir d’excellents vins, évidemment. Une chose en entraînant une autre, de bien belles occasions se dessinent pour moi – tant au niveau professionnel qu’au niveau humain – et j’en éprouve une grande gratitude envers la Vie! Laissez-moi vous raconter tout ça!

Bordeaux fête le vin, la «grande fête épicurienne»

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La foule présente lors de la dernière soirée de Bordeaux fête le vin, 1er septembre 2013. Photo: Renaud Philippe

Imaginez des centaines de personnes, verre de vin à la main, déambulant sur un magnifique site en plein air, où ils ont l’occasion de goûter à des crus allant de très bons à exceptionnels. Imaginez plusieurs dizaines de vignerons venus des différentes régions entourant Bordeaux, affairés à faire découvrir leurs produits aux Québécois. Sourire aux lèvres, chacun côtoie son prochain dans une bonne humeur générale. Les bermudas et gougounes de plage croisent les robes fancy et les petits talons. Certains grignotent un petit quelque chose, qui un satay de canard du MC Chef ou un tartare de boeuf du SSS, qui un cornet de jambon de Bayonne ou des macarons spécialement conçus pour l’événement par la chef Isabelle Plante, du 47e Parallèle. On entend s’exclamer les heureux participants: «Eh, j’ai goûté un super bon liquoreux à la tente des Sweet Bordeaux!» «Va essayer le Château Untel, au pavillon Médoc et Graves!» et tutti quanti. Ou, plus simplement, fusent ici et là des «Oh wow! Que c’est génial d’être ici!»

Organisé par la firme 3E, qui gère de gros événements dont le Festival d’été de Québec, Bordeaux fête le vin est indubitablement une fabuleuse réussite.

J’ai eu de belles opportunités d’en parler, d’abord à la radio, puis à la télé, pendant la semaine de l’événement, comme je le décris plus bas dans ce billet.

Une longue histoire d’amour avec Québec

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Mon «bébé», Bacchus en Canada, a peut-être 3 ans, mais il suscite encore beaucoup d’intérêt! Photo: Luc Blain.

Du jeudi 29 août au dimanche 1er septembre, j’ai donc eu le plaisir d’investir la scène principale du site, à Espace 400e, pour raconter la longue histoire d’amour des Québécois pour les vins de Bordeaux.

Quiconque de plus de 50 ans sait que les Québécois ont longtemps boudé le vin, lui préférant la bière ou le «fort» (dry gin, crème de menthe pour les matantes, etc.) : c’est assez récemment que l’on a découvert – ou plutôt redécouvert – le vin. L’offre actuelle dans les différents points de vente a littéralement explosé depuis les deux dernières décennies.

Pourtant, il fut un temps où les gens de Québec étaient friands de vin. Et tout particulièrement de vin de Bordeaux! Mes recherches sur l’histoire de la consommation d’alcool en Nouvelle-France, dont j’ai publié les résultats dans le bouquin Bacchus en Canada, m’ont permis de découvrir à quel point le jus de la vigne faisait partie de la vie quotidienne de nos ancêtres. Après quelques essais vinicoles plutôt décevants avec les vignes indigènes, puis des tentatives d’acclimatation ratées des vignes françaises – avec les moyens techniques de l’époque, c’était du pur héroïsme de faire du vin ici! – les gens de la Nouvelle-France se sont rabattus sur l’importation.

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Bouteilles de vin de France retrouvées à Québec par les archéologues. Arrière-plan: vigne canadienne sur tuteur. Montage: Catherine Ferland.

Si c’était plutôt La Rochelle qui envoyait ici ses navires au 17e siècle, le port de Bordeaux lui a royalement damé le pion à partir du début du 18e siècle. Et cette ville jouissait d’un avantage commercial très particulier, le Privilège de Bordeaux, ce qui lui permettrait d’expédier ses propres vins avant «d’accommoder» les autres régions. C’est ce qui fait que le vin de Bordeaux représentait environ 90% de tout le vin qu’on pouvait trouver dans la ville de Québec entre 1700 et 1760! Ce n’est pas rien. Notre «carte des vins» locale était plus variée que celle qu’on aurait pu trouver dans une ville de même taille en France pendant cette période!

Évidemment, la Conquête britannique a changé la donne en introduisant ici un goût prononcé pour la bière et le gin, goût qui a fini par imprimer durablement les manières de boire des Canadiens… jusqu’à ce que certains passionnés, vers la fin des années 1970, se réintéressent à la table de nos ancêtres (ah, le retour à la terre! la recherche des racines!) et réalisent que le vin était, justement, très associé à notre identité française. On a reconstruit des liens commerciaux avec les vignobles de France, on a recréé ici des foires vinicoles comme il s’en faisait ailleurs… Et voici comment, en 2013, les Québécois sont décidément tombés amoureux des bons vins.

Merci, monsieur Labeaume

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En compagnie de Régis Labeaume, maire de Québec, 1er septembre 2013. Photo: Martin Plante

L’homme a ses détracteur, et certes ses défauts, mais on ne peut lui reprocher d’être apathique: Régis Labeaume a le grand mérite d’oser attirer à Québec des événements d’envergure. L’idée de Bordeaux fête le vin, par exemple, est née lors d’une visite à Bordeaux, dont les quais vibraient de festivités vinicoles. Il se serait tout simplement exclamé qu’il serait bien d’inviter l’événement à Québec… Ce qui fut fait pour la première fois l’an dernier, pour célébrer les 50 ans de jumelage des villes de Québec et de Bordeaux. Le succès populaire remporté par ce premier opus a incité tout le monde à récidiver dès cette année. Merci, monsieur Labeaume.

Boulot et radio

L’événement Bordeaux fête le vin à Québec a constitué une formidable planche médiatique pour moi. Ça n’avait pas bougé autant depuis la sortie de mon Bacchus en 2010! Côté radio, j’ai été reçue en compagnie de Philippe Lapeyrie à l’émission Première heure, animée par Claude Bernatchez, à ICI Radio-Canada Première, le lundi 26 août. Une rencontre déterminante puisque, tout le reste de la semaine, Philippe a parlé de moi dans presque toutes les entrevues accordées en lien avec l’événement! 🙂 J’ai aussi été invitée à l’émission 3600 secondes d’histoire, animée par Alex T. Lamarche, Kim Chabot et Joseph Gagné, sur les ondes de CHYZ FM 94,3 le mercredi 28 août en soirée.

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En tournage avec la journaliste Josée Guillemette, 30 août 2013. Photo: Luc Samama.

Côté petit écran, c’est le vendredi 30 août – jour de mon anniversaire! – que j’ai accordé une entrevue à Josée Guillemette pour la version électronique du Journal de Québec, puis j’ai participé en direct à l’émission En supplémentaire après le Téléjournal de SRC vers 18h45. Je vous avoue une chose: c’est à ce moment précis que j’ai pris conscience que mes appréhensions face à la caméra étaient définitivement révolues.

Résultat de l’opération: je suis décidée à faire le grand saut vers l’univers médiatique, en mettant de l’avant mon expertise en histoire des boissons, des aliments, des terroirs et de la culture québécoise. Une émission de radio (j’en reparle dans un prochain billet, promis) et des implications dans divers projets télé sont au menu pour les prochains mois. Et, bien sûr, l’écriture.

*

Il arrive de ces moments où l’on prend conscience que notre existence est à un carrefour important, que ce que l’on est en train de vivre est déterminant pour la suite des choses. Je me situe précisément à l’un de ces carrefours. Et, chers amis, c’est d’un pas allègre et confiant que j’entreprends les premiers pas dans cette nouvelle voie. Me suivrez-vous? 🙂

– Catherine

Boissons et compagnie…

Wow. Une «saison» de conférences qui démarre sur les chapeaux de roues. Pour moi qui ai le plaisir d’aller jaser de boissons et autres thématiques festives depuis maintenant 15 ans, c’est toujours agréable de constater qu’un public renouvelé est au rendez-vous.

Vous me pardonnerez le ton «autopromo» de ce billet, mais une fois n’est pas coutume… Et dans la mesure où j’envisage sérieusement de devenir auteure et conférencière à temps plein, je dois m’assumer! 🙂

Alors allons-y. L’une de mes prochaines interventions – ou plus exactement, quatre interventions – sera dans le cadre de l’événement Bordeaux Fête le vin à Québec, où j’aurai l’honneur de présenter une conférence intitulée «Les Bordeaux: une longue histoire de cœur avec Québec» les 29, 30 et 31 août ainsi que le 1er septembre 2013 à 14h, sur la scène principale du site, à Espace 400e (Vieux-Port de Québec).

Conférence Bordeaux Fête le vin à Québec Chouette, n’est-ce pas?! C’est un cadre de rêve pour aller jaser de cette thématique, l’ALCOOL, qui suscite encore et encore l’intérêt du grand public. Le Québec est gourmand, épicurien, curieux. J’adore.

Il y aura aussi le cycle de conférences en lien avec Marie-Josephte Corriveau, dite La Corriveau. C’est déjà commencé: près d’une centaine de personnes se sont déplacées la semaine dernière à Saint-Vallier de Bellechasse pour entendre parler de son histoire et de sa légende! Pour les intéressés, sachez que la prochaine intervention publique concernant notre célèbre encagée aura lieu au Musée de la civilisation à Québec pendant les Fêtes de la Nouvelle-France.

*

Devenir spécialiste d’un thème historique précis, ça demande beaucoup de travail. Je n’oserais dire de «sacrifices» car, il faut l’admettre, je m’amuse véritablement en faisant mes recherches, en préparant mes conférences, en rédigeant mes articles et mes bouquins, et surtout en discutant avec vous. Mais c’est un travail constant où la persévérance est de mise. Mes efforts des dernières années commencent à porter fruit. Comme un vin qui, patiemment, aurait gagné en corps et en notes aromatiques au fil du temps.

Tenez, prenez un verre. À votre santé!

Catherine

Terroir charlevoisien, bonheur épicurien

J’aime mon Québec. J’aime particulièrement le goûter. Avez-vous remarqué à quel point l’offre gastronomique a littéralement «explosé» au cours des dernières décennies, proposant à nos papilles une symphonie de saveurs du terroir? Toutes les régions du Québec rivalisent d’ailleurs pour faire découvrir qui son fromage, qui son gibier, qui son alcool, qui ses produits dérivés de l’érable. C’est le cas de Charlevoix, où la multitude d’excellents produits a de quoi affoler une gourmande comme moi! Compte rendu d’une petite virée gastronomique entre amis.

Tiens, ça nous rappelle quelque chose!  A. Uderzo et R. Goscinny, Le tour de Gaule d'Astérix, éditions Dargaud , p. 48.

Tiens, ça nous rappelle quelque chose! A. Uderzo et R. Goscinny, Le tour de Gaule d’Astérix, éditions Dargaud , p. 48.

Jour J, cap sur la route 138. Temps gris et frais, plutôt idéal pour un tel déplacement. Pour préparer notre journée, deux «volontaires» de notre petit groupe ont fouillé un peu sur Internet afin de dénicher des producteurs intéressants et d’établir un itinéraire de base.

Nous nous sentons presque comme les célèbres protagonistes de l’album Le Tour de Gaule d’Astérix… mais au lieu du jambon de Lutèce (Paris), du saucisson de Lugdunum (Lyon) et du vin de Burdigala (Bordeaux), il est décidé que nous ramènerons plutôt (et entre autres!) des rillettes de canard de Saint-Urbain, du fromage de Baie-Saint-Paul et du cidre de l’Isle-aux-Coudres!

Si nous disposons d’un itinéraire de base, c’est une fois sur place que nous élaborons le périple au fur et à mesure. Sans trop de discorde, d’ailleurs! C’est que nous avons mis la main sur le guide touristique officiel de Charlevoix, mais aussi sur le magazine La Route des saveurs de Charlevoix. Il y a une vingtaine d’années, Charlevoix a été parmi les premières régions à se doter d’un organisme fédérateur, la Route des saveurs, qui publie ce magazine où se côtoient des descriptions des lieux et sites, des rencontres avec les producteurs des diverses denrées et d’alléchantes recettes pour les apprêter. L’outil s’avère fort utile quand on n’a qu’une petite journée à passer dans la région. Vous le trouverez d’ailleurs gratuitement dans les présentoirs à l’entrée de la plupart des lieux de production agroalimentaire. Mais il sera éventuellement remplacé par un nouveau guide puisqu’il sera refondu dans la foulée de la toute récente certification du terroir charlevoisien. De quoi donner faim!

Guidés par la gourmandise

Musée de l'Abeille / Économusée du mielPremier arrêt, à environ 30 km de Québec : le Musée de l’abeille/Économusée du miel, à Château-Richer. Outre le petit espace muséal consacré à l’histoire de l’apiculture ainsi qu’à l’évolution des techniques, on y trouve un très bel espace boutique où il est possible de déguster gratuitement plusieurs types de miels. Moyennant quelques dollars, on vous fera aussi goûter à quelques hydromels. Belles idées de cadeaux pour petits et grands. Pour ma part, j’en repars avec quelques friandises destinées à mes trois amours («pailles» de miel et suçons), un savon, un petit pot de miel de trèfle d’un blanc crémeux et une bouteille d’hydromel La Dame blanche (récipiendaire de nombreux prix à la Coupe des nations depuis 2003).

Second arrêt : la Ferme Basque de Charlevoix, à Saint-Urbain. Reçus de manière chaleureuse par la productrice, Isabelle, et sa fille, qui s’empressent de répondre à nos questions et nous proposent une petite dégustation. Nous avons donc la chance d’essayer le pâté de canard au foie gras, la mousse de foie gras et les rillettes de canard. Désireux de disposer de plus de temps pour visiter d’autres producteurs, nous déclinons l’offre de visite de la ferme. Si le magret et les cuisses confites sont fort tentantes, mon amoureux et moi nous décidons pour le pâté et les rillettes, auxquelles nous ajoutons quelques saucisses… de canard, cela va de soi. En repartant, un coup d’œil aux canards, plumage éclatant dans leur enclos en plein air, nous confirme qu’on a affaire à un élevage sain et respectueux.

Ferme Basque de Charlevoix

Produits de la Ferme Basque de Charlevoix. Photo: http://www.routedessaveurs.com

Troisième arrêt : le Centre de l’émeu de Charlevoix, toujours à Saint-Urbain. Ici, un accueil un peu plus impersonnel dans un décor évoquant un peu une pharmacie rurale. En effet, l’huile d’émeu est surtout appréciée pour ses propriétés médicinales: plusieurs présentoirs en vantent donc les bienfaits, avec leurs rangées de petits pots et flacons de plastique recélant des onguents contre les rhumatismes et une gamme assez complète de produits corporels adoucissants. On trouve aussi un comptoir réfrigéré dédié aux dérivés alimentaires de ce gros oiseau de la famille de l’autruche. Malheureusement, il ne semble pas possible de goûter aux produits sans faire la visite guidée ; c’est du moins ce que me répond la jeune employée. Sans beaucoup de conviction, j’achète quelques saucisses d’émeu, puisqu’on m’a souvent vanté cette viande savoureuse, ultra maigre et riche en protéines, mais j’aurais sans doute été plus enthousiaste s’il y avait eu  dégustation… Tant pis!

Quatrième arrêt: Les Viandes biologiques de Charlevoix, encore à Saint-Urbain. Drôle de petit comptoir situé dans un couloir, avec vue alléchante sur la salle où sont suspendus des saucissons! Des centaines de saucissons! Avec beaucoup d’amabilité, la femme aux belles joues roses nous invite à goûter quelques variétés. Nos coups de cœur? Le saucisson sec régulier, celui aux champignons (12 sortes de champignons sauvages de la région, pour une saveur boisée incomparable) et le chorizo. À noter: comme le nom l’indique, l’entreprise propose des produits 100% bios, exempts de nitrates et agents de conservation. Outre les saucissons, on peut y acheter du jambon, du poulet, divers pâtés.

Fromage Migneron, de la Maison d'affinage Maurice Dufour. Photo: www.fromagesdici.com

Fromage Migneron, de la Maison d’affinage Maurice Dufour. Photo: http://www.fromagesdici.com

Cinquième arrêt : la Maison Maurice Dufour, à Baie-Saint-Paul. On touche au divin. Pour une amatrice de fromage de ma trempe – et mes compères ne sont pas en reste – la vue en plongée des salles d’affinage, où reposent d’appétissantes meules à croûte dorée, est l’antichambre du paradis. Et la table de dégustation, avec la possibilité de goûter aux six fromages produits par la famille Dufour, achève de nous convertir. L’enjeu, ici, est de conserver sa raison et de ne pas se procurer une «roue» entière de chacun. Je parviens à me raisonner et à me «contenter» de nos trois favoris. D’abord un Migneron, qui a tellement contribué à la renommée de cette fromagerie et a notamment été couronné Grand Champion au Grand Prix des Fromages Canadiens en 2002. Ensuite un Tomme d’Elles, fait de lait de vache et de lait de brebis, dont j’adore la saveur subtile – je ne suis pas la seule, il s’est mérité la Sélection Caseus 2011 dans sa catégorie. Enfin, un Secret de Maurice, fromage coulant au lait de brebis dont on ouvre le dessus pour le manger comme une trempette ou – vraiment cochon! – à la petite cuillère.

Sixième arrêt: la Laiterie Charlevoix/Économusée du fromage, à Baie-Saint-Paul. Wouhou! Outre les produits de la laiterie, l’espace boutique offre aussi les nombreux produits d’autres producteurs régionaux: un endroit intéressant pour un visiteur pressé qui ne peut s’accorder le loisir de visiter plusieurs endroits. Nous repartons avec un bon morceau de 1608, un autre d’Hercule (tiens, deux fromages qui étaient à l’honneur dans l’une de mes précédentes chroniques culinaires dans le Devoir!) et une belle pointe de Fleurmier.

Serez-vous étonnés d’apprendre qu’après ce premier segment du périple, et en dépit des dégustations, nous sommes littéralement affamés? Un intermède est donc déclaré : nous nous posons Chez Bouquet Éco-bistro, restaurant de l’Auberge La Muse, sur la passante rue Saint-Jean-Baptiste à Baie-Saint-Paul. J’y mange un excellent feuilleté aux fruits de mer. Un de mes amis a choisi le chevreau. Je l’envie presque. Après ce bon dîner suivi d’une petite flânerie d’une petite demi-heure sur la main, nous reprenons la route. Direction Saint-Joseph-de-la-rive (Saint-Jos, comme on dit par là-bas) pour y prendre le traversier à destination de l’Isle-aux-Coudres.

L'or de l'Isle-aux-Coudres

L’or de l’Isle-aux-Coudres. Photo: http://www.vergerspedneault.com

Septième arrêt : Cidres et Vergers Pedneault, à l’Isle-aux-Coudres. Oh. My. God. Un comptoir où s’alignent des dizaines de bouteilles avec possibilité de goûter à tous (oui, tous) les produits. Je vous fais un aveu: le cidre est un produit que j’ai appris à connaître il n’y a pas si longtemps. Mais je me suis très bien rattrapée, si bien qu’aujourd’hui je puis affirmer qu’il s’agit de l’un de mes alcools favoris. Et le sieur Pedneault s’y entend, pour faire chanter toute l’âme de la pomme. Au gré des produits, il la laisse s’exprimer seule ou bien en duo avec des poires, des cerises, des prunes. J’avoue que dans cet antre, j’ai perdu le peu de mesure qui me restait. Nous en ressortons avec un moût de pommes pétillant (sans alcool), une bouteille de L’or de l’Isle-aux-Coudres, mousseux ultra-rafraîchissant de cidre de pommes et de poires qui peut avantageusement remplacer le champagne, et une bouteille de Prunelle, un alcool de prunes absolument renversant que je ne saurais trop vous recommander. Ah, et un petit ensemble de cinq mini-bouteilles de cinq variétés de mistellesÀ lui seul, cet arrêt justifie amplement sinon le voyage entier, du moins le déplacement en traversier.

Huitième arrêt : Les Moulins de l’Isle-aux-Coudres / Économusée de la meunerie, évidemment à l’Isle-aux-Coudres. Comme je l’ai déjà précisé, le temps nous manque malheureusement pour faire toutes les visites ; c’est donc avec un peu de regret que nous nous contentons de faire le tour de l’espace boutique associé au complexe. J’y déniche une poêle de fonte à l’ancienne, pesante à souhait, exprès pour faire des crêpes. Et deux kilos de farine de sarrasin blutée à l’ancienne pour confectionner lesdites crêpes. On essaiera ça très bientôt à la maison. Décidément, j’aimerais bien revenir avec les enfants : les Moulins se sont mérité la mention «Coup de cœur du jury» aux Prix du patrimoine 2013… Mais il nous reste à peine assez de temps pour une dernière visite avant de reprendre le traversier. Vite, en voiture.

Neuvième arrêt : la Boulangerie Bouchard, sur la pointe ouest de l’Isle-aux-Coudres. Située sur un belvédère donnant une vue hallucinante sur la côte, elle mérite le détour. Sitôt franchi le seuil, on nous invite à goûter un morceau de riche brioche aux raisins. Ça sent bon, comme dans une cuisine traditionnelle dans le temps des Fêtes! On en ressort avec une grosse brioche, un pain aux raisins, un «pâté croche» (sorte de chausson à la viande, spécialité de cette boulangerie)… et chacun un «trottoir» (le mien aux cerises) pour tromper la faim qui recommence à poindre, en prévision du retour à Québec. Toute bonne chose a une FAIM (ben quoi, je l’aime, moi, ce jeu de mots!)

Il faudra revenir pour la Ferme Caprivoix, les Volières Baie-Saint-Paul, la Microbrasserie Charlevoix…

Entre authenticité et publicité

Logo Aliments Québec

Logo Aliments Québec

Retour à Québec, donc. L’armoire et le frigo rempli des nouvelles acquisitions en attente d’être dégustées. Où se ravitailler en excellents produits régionaux, quand on habite la «grand’ville»? Je suis bien abonnée aux paniers de La Mauve (j’en reparlerai dans un prochain billet, je crois), mais ça ne me suffit pas encore. Outre les regroupements agrotouristiques qui font la promotion in situ des produits locaux, le mangeur aime bien consommer des produits du Québec, guettant le petit logo fleurdelisé sur les vignettes surplombant les étalages… mais il faut reconnaître que les règles actuelles d’étiquetage comportent encore d’importantes zones de flou. En faisant votre épicerie, vous est-il arrivé de vous demander si le joli produit sur l’étalage, avec son emballage à l’ancienne, est bien de chez nous? Ou bien quel est le degré d’authenticité d’un aliment supposément «du terroir»? Une petite boucle de raphia, un carton style fait à la main, un nom et une image évoquant le «bon vieux temps», et voilà le consommateur berné!

Il y a déjà longtemps que certains pays, dont la France, ont mis sur pied des systèmes d’appellations contrôlées afin de protéger leurs produits et de garantir des normes de qualité aux consommateurs. Sur ce plan, et malgré d’excellents produits, le Québec tarde à s’imposer. La certification biologique est la seule norme véritablement réglementée en ce moment dans la Belle Province. Quant aux produits spécifiques, seul l’agneau de Charlevoix bénéficie à ce jour d’une «appellation»: il jouit d’une indication géographique protégée (IGP) depuis 2009.

Une lueur d’espoir: un article paru dans La Presse du 4 novembre 2012 révélait que le cidre de glace et le fromage de lait de vache canadienne deviendraient bientôt des appellations réservées au Québec. Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), qui existe depuis 2006, travaille activement en ce sens. Je considère qu’il s’agit d’une lancée prometteuse pour nos produits régionaux, tant dans la splendide région de Charlevoix qu’ailleurs dans la province.

En attendant, je vous invite à repérer les kiosques Les Saveurs Charlevoix à Place de la Cité (à Québec) ainsi qu’au Marché Jean-Talon (à Montréal). Ainsi que les produits eux-mêmes dans les étalages de vos supermarchés favoris.

* * *

Un spécialiste de l’alimentation, Claude Fischler, qui a beaucoup réfléchi sur la question, disait que pour qu’un aliment soit bon à manger, il doit d’abord être «bon à penser». Il est vrai que le contenu de l’assiette révèle beaucoup de choses sur le mangeur: en notre ère du «vite, vite, il faut être productif», il faut avouer que trop souvent nous pensons peu et mangeons mal. Sans se détourner à tout jamais des nourritures industrielles – qui font partie de notre quotidien, pour le meilleur et pour le pire – si nous prenions le temps de nous questionner sur ce que nous choisissons de manger?

– Catherine

Souper du terroir et alcools du Québec

Vous connaissez mes allégeances : je suis férue de gastronomie québécoise et de produits du terroir. Rien ne plaît autant à mes papilles qu’un bon fromage du Québec, si possible dégusté entre amis. C’est donc sous ce thème que j’ai organisé un fameux souper au début de septembre, conviant quelques passionnés de bonne bouffe à venir partager leurs coups de cœur. «Je m’occupe des boissons», ai-je déclaré.

Me voici donc en compagnie de mon chéri, arpentant les allées de la SAQ à la recherche des vins du Québec, au risque de me perdre entre espagnols et italiens (ah, j’admets qu’ils me font un petit effet, ceux-là!). De guerre lasse, j’apostrophe un commis qui s’empresse aussitôt de m’indiquer la voie pour trouver les blancs, les rouges et les «autres» alcools du Québec, à savoir les cidres et boissons artisanales. Je fixe mon choix sur deux rouges et deux blancs. Et, pour faire bonne mesure, j’ajoute une crème de cassis. Un kir, c’est si bon à l’apéro, n’est-ce pas! À la caisse, on me fait savoir qu’à la faveur d’une promotion en cours, une cinquième bouteille de vin ne me coûterait que quelques dollars supplémentaires. Allez hop, une troisième bouteille d’un beau rouge grenat vient rejoindre ses consœurs dans mon sac (solide et écologique, ça va de soi), en prévision d’une soirée qui promet.

Mes invités ont remarquablement bien respecté la consigne que j’avais fixée. Ma table  croule sous les produits du terroir, depuis les conserves artisanales jusqu’aux bouchées et petits plats mitonnés avec soin. Mes convives ont du goût, je vous l’assure. Les bouteilles ne sont pas en reste : elles trônent fièrement sur le comptoir, où chacun peut se servir à sa guise. Première surprise : tout est bon. Je l’avoue, même si je peux être très chauvine lorsqu’il s’agit de produits du Québec, j’entretenais encore quelques appréhensions pour ce qui est des alcools. Climat oblige, il faut admettre que la production de vin ne pourra jamais concurrencer celle de pays comme la France, le Portugal ou le Chili. Non?

Eh bien, permettez-moi de vous présenter mes deux coups de cœur de la soirée!

D’abord, l’un des vins rouges m’a littéralement arraché un «Wow, on dirait un italien!» : je vous l’accorde, c’est un peu libre, mais considérant mon « petit faible» pour les vins du pourtour méditerranéen, c’est résolument un compliment. J’ai donc devant moi un verre heureusement rempli de Terratabac, un rouge sec et agréablement tannique produit par le vignoble le Mernois. Incidemment, il s’agit de la bouteille ajoutée in extremis au panier! Sur le site de la SAQ, on le décrit comme présentant un « nez assez puissant qui s’ouvre sur des parfums dominants de fraise et de fleurs […] également marqué par de subtiles notes boisées. » Je ne pourrais si bien dire. Je songe immédiatement à ce qu’il pourrait donner avec une bruschetta à la tomate fraîche et aux herbes, généreusement gratinée de Grand Deux. Ou accompagnant un plat de veau de Charlevoix… Pas étonnant que ce vin ait remporté la première place au Salon des vins et fromages du Québec en 2010, dans la catégorie des vins rouges. Le Terratabac se détaille 17$ à la SAQ, où il porte le code 11441400. Une belle trouvaille que je vous conseille vivement d’essayer à la prochaine occasion.

La seconde découverte, je le confesse, n’est pas de mon fait. Même si j’avais bien mentionné que je m’occupais des alcools pour mon souper du terroir, une de mes amies n’en a fait qu’à sa tête : outre ses exquises tartelettes maison aux oignons caramélisés et au Baluchon, elle a eu l’heureuse pensée d’apporter aussi un hydromel. Oui, ce vin de miel à l’évocation poétique. Nous parlons ici du Médiéval Réserve Intermiel, un hydromel liquoreux dont la bouteille massive a créé une forte impression sur mes convives. Et une onde de choc sur nos papilles! Dès la première gorgée, le goût de miel explose sur la langue : sans pour autant être trop sucrée, on a affaire à une liqueur bien affirmée. Le vieillissement en fût de chêne n’y est certainement pas étranger. S’ensuit une succession d’arômes fruités et même vanillés, subtils et complexes, qui arrachent un sourire et font s’exclamer chacun de mes amis. Une révélation! Pour tout vous dire, la bouteille s’est retrouvée vide en moins de vingt minutes. Quelques-uns ont osé ajouter les dernières gouttes à leur café. Cet avis favorable est apparemment partagé, puisque le Médiéval Réserve a remporté plusieurs médailles d’or dans des concours internationaux depuis 2010. On le trouve dans certaines succursales de la SAQ, sous le code 11259296, au prix de 25,55$. Une somme très bien investie pour un produit d’ici qui ravira vos invités. Précisons qu’il faut tout de même être amateur de vins liquoreux pour apprécier pleinement ce délicieux alcool.

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Ah, si tous les Québécois se faisaient un devoir d’acheter ne serait-ce qu’une bouteille de vin du Québec par année… Osez, mes amis, osez! Si les consommateurs sont au rendez-vous, les vignerons oseront aller toujours plus loin pour perfectionner leurs produits. À suivre!

 

– Catherine